Le dixième rapport sur l'exclusion en matière de logement en Europe, publié par la FEANTSA et la Fondation pour le Logement des Défavorisés, arrive à un moment politique super important.
L'Europe est en train de changer sa façon de gérer le sans-abrisme, et le nouveau mandat de l'UE (2024-2029) est l'occasion de voir ce qui a marché et ce qui n'a pas marché. L'engagement pris pour 2030 en matière de sans-abrisme (via la déclaration de Lisbonne et le cadre EPOCH) reste un point de repère, mais les progrès sont fragiles. La FEANTSA souligne que si de nouvelles sources de données (par exemple, les questions ponctuelles de l'EU-SILC 2023 et les recensements de 2021) offrent désormais une meilleure visibilité, des incohérences persistent entre les pays en matière de définitions et de méthodes, ce qui rend difficile la comparaison et l'analyse comparative entre les pays.
Les résultats dressent un tableau sombre : le sans-abrisme augmente dans trop de pays. En Irlande, par exemple, le recours aux hébergements d'urgence par les adultes est passé d'environ 2 385 en 2014 à environ 9 347 en 2023.
Dans de nombreux États membres de l'UE, les loyers et les prix de l'immobilier ont grimpé en flèche (≈25 % d'augmentation des loyers moyens, 50 % des prix de l'immobilier entre 2010 et 2023), dépassant les revenus et poussant les ménages à faibles revenus à faire des compromis intenables. Parmi les ménages à faibles revenus, la part du revenu disponible consacrée au logement approche désormais 37 % en moyenne. Le rapport montre aussi à quel point l'exclusion du logement est grave : on estime que plus de 1,1 million de personnes dans l'UE sont sans domicile fixe, près de 18 millions sont en situation de précarité grave en matière de logement, environ 75 millions vivent dans des logements surpeuplés et quelque 69 millions dans des logements qui ne répondent pas aux normes.
La politique européenne du logement est en train de changer, avec la création d'un commissaire au logement et à l'énergie et des plans pour un plan européen pour le logement abordable en 2026. Mais le terme « logement abordable », vague et utilisé de manière incohérente, recouvre des réalités très différentes et risque d'alimenter les malentendus. Dans le cadre du prochain plan européen pour le logement abordable, les auteurs recommandent à la Commission de :
- Laisser la responsabilité principale du logement aux niveaux national, régional et local.
- Baser les actions sur les besoins réels, pas seulement sur la demande.
- Développer le modèle « Housing First » (le logement d'abord) et d'autres modèles axés sur le logement, avec le soutien de l'UE via des financements, la coopération technique et l'échange de connaissances.
- Protéger et développer le logement social, plutôt que de le laisser se faire écraser par la logique du profit.
- S'assurer que les fonds de l'UE complètent (et ne remplacent pas) les investissements locaux et nationaux.
- Fixer des normes minimales pour les locataires (en s'inspirant des modèles du droit de la consommation).
- Utiliser les instruments de gouvernance économique (règles fiscales et budgétaires) pour faciliter les investissements publics dans le logement.
- Garantir que les programmes de rénovation et de subvention donnent la priorité aux ménages en situation de précarité énergétique ou vivant dans des logements insalubres.
- Soutenir et renforcer le rôle du secteur à but non lucratif dans les solutions de logement.
- Concevoir le plan de manière à aller au-delà de l'offre, en intégrant la prévention, le contrôle des expulsions, la réglementation des loyers et l'aide au revenu dans le dosage des politiques.



